Lucie de Saint-Etienne : la réalisatrice rouennaise qui prouve qu’on peut faire du cinéma en Normandie

Faire du cinéma en Normandie, c’est possible. La preuve avec Lucie de Saint-Etienne, réalisatrice de courts métrages installée à Rouen, qui a décidé de lancer sa carrière en Normandie. Entre tournages, production, recherche de financements et belles rencontres, elle raconte un parcours fait d’audace, de débrouille et d’amour du 7ᵉ art. Cette ancienne entrepreneure normande, fondatrice d’une entreprise dans l’agroalimentaire, a réussi sa reconversion. Elle a osé écouter ses rêves d’enfant et se lancer dans une carrière de réalisatrice.

Lucie de Saint-Etienne - réalisatrice court métrage Rouen
©Estelle Virolle

Pour tous les jeunes Normands et Normandes qui rêvent de lancer un projet artistique, son histoire résonne comme un message clair : tout peut commencer en Normandie.

De l’entrepreneuriat au plateau de tournage : le parcours de Lucie de Saint-Etienne

Originaire d’un petit village à côté d’Évreux, Cailly-sur-Eure, rien ne destinait forcément Lucie à devenir réalisatrice de courts métrages.

« Je ne viens pas d’une famille du cinéma, ni d’un réseau particulier. J’ai grandi en Normandie, avec juste une certitude : j’aimais raconter des histoires. »

Passionnée par le cinéma, avec des parents refroidis par les débouchés restreints de ce secteur d’activité, elle se voit proposer plutôt de s’orienter vers un parcours plus traditionnel. Après avoir préparé un BTS en commerce international à Caen, elle obtient une licence à Rennes qui lui permet notamment d’effectuer des stages aux États-Unis et au Canada. De retour en France, elle obtient un master en marketing à NEOMA Business School sur le campus de Rouen.

« Je voulais entreprendre. Mes deux parents, mon oncle et mon frère étaient des entrepreneurs. À 23 ans, j’ai monté ma boîte dans l’agroalimentaire avec un associé qui était ingénieur. Nous avons lancé une marque de barres de céréales bio, conçues avec des aliments bio et français. »

Le lancement est une réussite : Lucie et son associé possèdent une usine complète pour la production et leurs produits sont distribués dans de nombreux points de vente dans la grande distribution. Avec le Covid, les choses changent et les associés rebondissent en se lançant dans la production pour d’autres marques.

« Les commandes ont afflué. Nous avions obtenu de nombreux marchés pour des marques d’alimentation pour sportifs ou encore pour l’armée française. Malheureusement, en pleine ascension, nous avons dû cesser notre activité après sept ans à cause de problématiques de fonds de roulement. »

Dans cette situation difficile, Lucie va faire le choix de s’écouter, et la suite va lui donner raison. Elle clôt cette aventure et en débute une nouvelle très rapidement en devenant responsable des incubateurs de NEOMA Business School sur les campus de Rouen, Paris et Reims. Elle accompagne les étudiants dans la création d’entreprise.

« J’avais toujours ce rêve d’enfant… le cinéma. Je me suis dit qu’il fallait que je me donne les moyens et que j’ose tenter de me lancer. J’ai eu la chance de faire de super rencontres. Notamment avec le producteur français Mallory Vabre, qui m’a donné beaucoup de conseils et m’a aidée à préciser mes envies. À partir de là, j’ai voulu devenir réalisatrice. »

Être réalisatrice, c’est aussi être entrepreneure

Beaucoup imaginent la vie d’une réalisatrice rythmée uniquement par les idées de scénarios et les tournages. La réalité est un peu différente. Pour Lucie de Saint-Etienne, le cinéma est aussi… un projet entrepreneurial.

« Pour faire un film, il ne suffit pas d’avoir une bonne idée. Il faut monter un dossier, trouver des financements, convaincre des partenaires, gérer un budget, coordonner une équipe… En fait, c’est comme monter une petite entreprise pour chaque projet. »

Comment débuter ? Lucie va se faire la main avec deux courts métrages. Le premier s’intitule « Hatsarana », qui met en image sa mission humanitaire à Madagascar. Le second, « Sous les coutures », engagé, met en avant la beauté dans l’imperfection.

« Ces deux premières réalisations m’ont permis de travailler avec une équipe technique. Une expérience nécessaire pour envisager un projet plus ambitieux comme « Prisme ». En ayant une meilleure connaissance de mes partenaires, j’ai pu préparer plus facilement les sept jours de tournage nécessaires pour ce troisième projet. »

C’est en échangeant avec sa meilleure amie, Amandine Boutel, qui a terminé sa convalescence d’un cancer, que Lucie va trouver le thème principal de son projet « Prisme ». Ce court métrage de vingt minutes a pour objectif de mettre en lumière tout le travail de la reconstruction psychologique post‑cancer. Souvent mise de côté pour se focaliser sur le combat contre la maladie, cette étape méconnue et si difficile pour les patients est au cœur de « Prisme ».

« J’ai créé une association de production, « Y’R Pleut Production ». Cela me permet de récolter des financements pour mes projets. Mon vécu d’entrepreneure m’a beaucoup servi. Par exemple, pour « Prisme », il a fallu trouver 15 000 € de financements privés. J’ai réussi grâce à des entreprises du département de l’Eure qui ont soutenu le projet. Savoir pitcher mon projet ou connaître les réseaux d’entrepreneurs, cela m’a beaucoup aidée. »

Comment faire connaître son court métrage ?

Cette dimension entrepreneuriale, elle l’assume pleinement, et refuse l’idée que l’artistique serait incompatible avec le business.

« Quand on vient d’une région comme la Normandie, on doit souvent être un peu plus débrouillard. On n’a pas forcément dix producteurs à portée de main. Donc on apprend à se vendre, à structurer son activité, à être à la fois artiste et cheffe d’entreprise. Je trouve ça hyper formateur. »

Une fois les financements rassemblés, le tournage et le montage réalisés, il reste à faire connaître le court métrage à des producteurs et distributeurs.

« Il est important d’être présent dans de nombreux festivals. Sans même recevoir de prix, le fait d’être sélectionné permet d’être visible auprès de nombreux distributeurs et producteurs. Cela donne une chance au court métrage d’être racheté pour la télévision ou des plateformes de streaming, par exemple. »

Il faut une année entière pour présenter son court métrage dans les différents festivals. Cette période essentielle n’empêche pas de lancer de nouveaux projets en parallèle.

« Je suis sur un nouveau projet : un premier long métrage. Le fait d’avoir réalisé plusieurs courts métrages pour me faire la main m’a permis de prendre confiance, de me connaître mieux et de savoir comment se passe la réalisation de projets de cinéma, du début jusqu’à la fin. »

Se lancer en Normandie : ce que l’expérience de Lucie peut vous apporter

Même si vous ne souhaitez pas devenir réalisatrice ou réalisateur, l’expérience de Lucie de Saint-Etienne peut vous inspirer si vous avez un projet en tête :

  • Vous n’êtes pas obligé(e) de partir ailleurs pour commencer. Elle a construit sa carrière en Normandie, à Rouen, en s’appuyant sur les ressources locales.
  • Votre projet est aussi une aventure entrepreneuriale. Que vous réalisiez un court métrage, un podcast, une marque de vêtements ou une salle de sport, vous allez devoir gérer des budgets, communiquer, fédérer, chercher des partenaires.
  • Les galères font partie du chemin. Refus, erreurs, moments de doute ne signifient pas que votre projet est mauvais : ils font partie du processus d’apprentissage.
  • Le réseau ne tombe pas du ciel. Il se construit au fil des rencontres, des mails envoyés, des événements auxquels vous participez.

Comment suivre l’actualité de Lucie de Saint-Etienne ?

Si vous souhaitez suivre le travail de Lucie de Saint-Etienne et découvrir ses courts métrages :
découvrez son compte Instagram ou LinkedIn. Vous pourrez y suivre l’évolution de ses projets, voir comment elle fait vivre son activité de réalisatrice en Normandie, et peut-être même croiser son travail sur un grand écran près de chez vous.

Et si, vous aussi, vous avez envie de vous lancer, de créer votre structure, de développer une activité artistique, de monter votre asso en Normandie, sachez que vous pouvez être accompagné(e).

La Caisse d’Epargne Normandie propose un accompagnement dédié aux jeunes qui se lancent dans l’aventure entrepreneuriale ou qui développent un projet. Que ce soit pour vous aider à structurer votre projet, réfléchir à votre financement, comprendre les démarches administratives ou tout simplement poser vos questions à un conseiller. Comme Lucie de Saint-Etienne, vous pouvez faire naître votre projet ici, en Normandie, et montrer que les idées des jeunes Normands et Normandes ont toute leur place, sur les écrans comme ailleurs.