Elle invente une semelle innovante pour les athlètes – Coralie Gassama de Keyena

Connaissez-vous Coralie Gassama ? Originaire d’Évreux, cette ancienne pensionnaire de l’équipe de France d’Athlétisme Jeune vient de lancer une semelle innovante pour les athlètes. Son entreprise Keyena située près de Lyon propose une solution à un problème récurrent des champions et amateurs de la discipline. Keyena signifie « pourquoi pas » en wolof, un dialecte sénégalais. À 24 ans, elle a su se lancer dans la vie d’entrepreneur avec beaucoup d’humilité et plein d’ambitions. Découvrez ce parcours inspirant, de l’origine du projet à sa concrétisation.

Coralie Gassama - Audacieux Normands
© Coralie Gassama

D’athlète de haut niveau à entrepreneure

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

C.G : J’ai 24 ans et je suis originaire d’Évreux en Normandie. Après l’obtention de mon baccalauréat dans le lycée Aristide Briand à Évreux, j’ai décidé de partir m’entraîner à Lyon dans un groupe de haut niveau supervisé par un entraîneur national au club d’ASUL Bron tout en restant licenciée dans mon club de cœur, l’Évreux AC Athlétisme. Je suis une athlète spécialiste du 400m haies. Ensuite, j’ai intégré le club de Decines Meyzieu Athlétisme.

Pendant ma carrière, j’ai eu l’honneur de porter le maillot de l’Équipe de France notamment aux Jeux Olympiques de la Jeunesse de 2014 à Nanjing (Chine) ou encore aux Championnats d’Europe Junior en 2015 à Eskilstuna (Suède). En parallèle, j’ai intégré la faculté STAPS (Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives) à Lyon. J’y ai obtenu mon Master 2 en Management des Organisations du Sport.

Comment vous êtes-vous lancée dans ce projet ? Quel a été votre déclic ?

C.G : Je devais mener un projet dans le cadre d’un cours d’entreprenariat en STAPS. Le professeur nous a demandé de proposer un projet d’entreprise. Parce qu’il y avait un besoin réel, bien identifié grâce à mes années de pratique sportive, j’ai proposé l’innovation. Elle a bien été reçue par mes professeurs. Ils m’ont vite conseillée de me renseigner auprès de l’INPI (Institut national de la propriété industrielle) pour savoir si l’idée existait déjà. La réponse a été non.  

Alors, en février 2019, j’ai fait une recherche sur internet et j’ai découvert qu’un bureau d’études à Saint-Étienne pouvait m’aider. Après une prise de contact, j’ai pu faire réaliser une première étude de faisabilité technique et financière. J’ai payé de ma poche car j’étais très curieuse de savoir si mon idée avait une chance de se réaliser.

En août 2019, la réponse est tombée et les ingénieurs m’ont dit que c’était faisable. Le vrai engagement, il est à ce moment-là. Le bureau d’études m’a proposé de continuer l’aventure ensemble. Seul souci, pour concevoir les prototypes, faire le sourcing des matériaux ou encore réaliser le design, la note s’élève à 21 000€.

Alors étudiante, cela était compliqué pour moi. En échangeant avec ma mère, elle m’a rassurée en me disant qu’un prêt étudiant pouvait se faire et qu’il fallait tenter l’aventure. C’était parti ! En septembre 2019, le développement a commencé. Un an après j’ai eu le plaisir d’entrer dans l’incubateur universitaire à Lyon : Manufactory La Doua.

Le contexte sanitaire a eu un peu d’impact sur la temporalité de mon projet. Il a freiné mes tests utilisateurs avec les athlètes et l’inflation des prix de tous les matériaux a modifié un peu mes plans. En décembre 2020, j’ai déposé le brevet.

Quelles valeurs animent ce projet ?

C.G : La première valeur qui m’a animée, c’est d’être une athlète qui conçoit pour les autres athlètes ; c’était important pour moi de participer à l’évolution de mon sport et de proposer une amélioration au quotidien de la communauté des athlètes.

L’autre valeur importante du projet, c’est le Made in France. Cela me permet d’avoir le contrôle sur la production et surtout de créer de l’emploi en France. Je travaille avec deux usines, une pour l’injection du plastique et l’autre pour le marquage.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées dans votre projet ? Comment avez-vous réussi à les dépasser ?

C.G : En premier lieu, je tiens à dire que j’ai été beaucoup aidée, avec beaucoup de bienveillance de mon entourage. Mon réseau dans le sport m’a permis d’aller plus vite. Malgré cela, j’ai rencontré des difficultés pour financer l’industrialisation de mon procédé. Pour certains financeurs, malgré la bonne réception du projet, cela était trop risqué financièrement. Pour y arriver, j’ai fait deux levées de fonds. Une première en Love Money auprès de mon entourage et une seconde avec des Business Angels dont l’un des intervenants professionnels que j’avais rencontré pendant mes études.

La difficulté qui est rencontrée par beaucoup d’entrepreneurs, c’est aussi le fait de ne pas pouvoir se verser de salaire au début de l’activité. Pour vivre, mon entourage m’aide beaucoup.

Quelles personnes ont influencé votre parcours ?

C.G : Je pense qu’inconsciemment, celui qui m’a le plus inspiré, c’est mon compagnon, Martin Carrère. Il est coach sportif indépendant. Au quotidien, je l’ai vu développer son entreprise « Mon coach lyonnais ». Il m’a donné l’envie de travailler pour mon compte et d’avoir cette fierté personnelle d’être autonome et de choisir les personnes avec qui je souhaitais travailler.

Je n’oublie pas les nombreuses personnes qui m’ont accompagnée. Je remercie mon avocat, mon comptable et mes partenaires qui ont fait des efforts financiers, et qui ont su me faire confiance malgré mon âge.

Aujourd’hui, comment se passent vos journées ?

C.G : Le fait d’être entrepreneur me permet de gérer mon emploi du temps. Je peux concilier mon activité professionnelle et mes entraînements d’athlétisme. C’est plus facile pour moi, je peux assumer pleinement les deux.

Coralie Gassama : “avec mes revenus d’étudiante, c’était un peu fou de se lancer et investir dans le projet”

Quelle a été votre plus grosse réussite ?

C.G : Quand on est entrepreneur, on est souvent insatisfait. On veut toujours mieux. J’ai conscience qu’en ce moment, c’est top. Le fait d’avoir pu livrer mes premiers clients et d’avoir leurs retours positifs, c’est très encourageant. J’ai adoré préparer et déposer les colis. Cela marque de façon concrète ces trois dernières années de travail.

Je suis également très fière que ma marque soit soutenue par des athlètes de très haut niveau. En effet, Valentin Lavillenie, Pascal Martinot Lagarde, Laura Valette sont les ambassadeurs de la marque. Je connais Laura depuis longtemps, c’est une très bonne amie. Elle a accepté naturellement. Pascal et Valentin, je les ai contactés sans les connaître très bien. Ils ont été réactifs au projet et ils y ont vu rapidement une utilité. Ils ont testé le produit et aujourd’hui ils font partie pleinement de l’aventure.

Avez-vous un secret ? Quel est votre leitmotiv ou une citation qui vous inspire ?

C.G : Depuis le début, je me répète « ne jamais avoir de regret ». Je me dis que si je dois m’arrêter, c’est parce que j’ai rencontré quelque chose de vraiment impossible. Il ne faut pas avoir peur de prendre des risques pour être dans les meilleures conditions et prendre les bonnes décisions.

Quelle est votre définition de l’audace ?

C.G : C’est prendre des risques quand le contexte n’est pas le plus favorable. Par exemple, avec mes revenus d’étudiante, c’était un peu fou de se lancer et investir dans le projet. Cela n’a pas été facile mais je l’ai fait.

Quels sont vos prochains projets ? Comment vous voyez-vous dans les prochaines années ?

C.G : Les idées sont nombreuses. Je dois déjà développer le marché actuel en profitant d’avoir le monopole pour bien m’implanter en France et en Europe.

Ensuite, il y a plusieurs pistes. La semelle actuelle n’est pas adaptée pour la pratique du saut en hauteur ou du lancer de javelot par exemple.

Il faudra également étendre notre gamme en proposant des semelles pour les enfants. Et puis, nous pouvons également nous attaquer à d’autres disciplines sportives comme le cyclisme ou le bobsleigh par exemple.

Je n’oublie pas Paris 2024. Ce serait une fierté de pouvoir équiper des athlètes du monde entier. Qu’une marque française soit aux pieds de tous ces athlètes, ce serait magique.

Un conseil pour les audacieux normands ?

C.G : Il faut vivre par passion. Je leur conseille de faire ce qui les stimule. C’est incontournable pour réussir et ne pas avoir peur de prendre des risques.


Dans le cadre du partenariat entre le Groupe BPCE et les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024, la Caisse d’Epargne Normandie met en place le « Pacte Utile Caisse d’Epargne » qui regroupe un ensemble d’actions visant à soutenir l’économie du sport et ses acteurs.

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