Léa Crédidio, créatrice de l’Atelier Infini

Nous avons eu le plaisir d’échanger avec Léa Credidio, créatrice de l’Atelier Infini, sur son expérience de jeune entrepreneure, son parcours, son engagement et quelques conseils.





Bonjour Léa, pouvez-vous vous présenter ?

L.C. : Bonjour, Léa, 27 ans, je suis architecte inscrite à l’ordre suite à mes études à l’école d’architecture de Normandie à Darnétal. Pendant mes études j’ai découvert le réemploi de matériaux de construction lors d’une conférence de Rotor, un collectif belge. J’ai trouvé cette approche passionnante, le fait de réutiliser des matériaux ayant déjà eu une première vie et de les réinsérer dans des bâtiments actuels et/ou futurs.

“J’ai pris conscience qu’en tant qu’architecte j’avais aussi une responsabilité en terme de déchets.”

J’ai alors porté un autre regard sur la gestion des déchets, parfois problématique et concernant des matériaux nobles, durant les différents chantiers sur lesquels je suis intervenue. J’ai compris qu’il fallait peut-être trouver et/ou réinventer certaines manières de faire.

Comment s’est construit l’Atelier Infini ?

L.C. : Il s’est construit en 2 temps :

Dans un premier, via le Projet Mobius (en référence au ruban de mobius). C’est un projet que j’ai mené en parallèle de mon activité professionnelle en agence d’architecture. J’étais juste curieuse de voir si l’idée était intéressante, viable. Bref, je voulais voir si ça allait fonctionner, si ça intéresserait des gens.

J’ai ainsi pu réfléchir à ce qu’il est possible de faire avec ces déchets, en commençant par le mobilier, puis l’aménagement intérieur et enfin l’architecture. Step by step.

Et à ma grande surprise, le concept a pris. Ça a été pour moi l’occasion de rencontrer des artisans talentueux et de découvrir leurs métiers. J’ai également pu me confronter à mes premiers clients, découvrir leurs besoins et leurs problématiques, échanger avec eux et essayer de trouver des solutions.

L’école d’architecture de Normandie pour la création d’un incubateur : La Fruitière. Image 3D, crédit photo : Tanguy Brohart.

La question s’est ensuite posée de la suite à donner à ce projet. Le projet Mobius était devenu avec le temps un réel projet professionnel et après un changement de nom, l’aventure de l’Atelier Infini a pu démarrer.

Afin de pouvoir exercer en mon nom propre j’ai fait une année supplémentaire d’école d’architecture et j’ai aussi continué à travailler. Cela m’a permis, malgré une pression bien présente, de rester dans une situation stable et rassurante… Car il faut bien avoir conscience que ce genre de projet entrepreneurial met beaucoup de temps à se développer.

Entre le début du projet Mobius et le fait de gagner ma vie avec l’Atelier Infini il s’est passé 3 ans. Ça a été une période compliquée à gérer, impliquant beaucoup de sacrifices… ce type de projet est stressant, avec beaucoup de remise en question, mais c’est également très stimulant et passionnant. Maintenant que j’arrive à vivre de cette activité, je rentre dans une phase de développement, avec de nouvelles problématiques et de nouveaux défis.

La Station : Service de location de vélos &lieu associatif dédié à la mobilité. Maîtrise d’ouvrage : La Métropole. Image 3D. crédit photo : Tanguy Brohart.

Vous avez bénéficié de différents soutiens, pouvez-vous nous en parler ?

L.C. : Au démarrage, ça a été assez compliqué car mes proches m’ont rapidement fait part de leur inquiétude. En tant que jeune diplômée, me lancer dans une telle aventure représentait un risque important à leurs yeux. Mais j’ai plutôt utilisé cela comme une force. Je suis contente d’avoir eu un peu de résistance, car s’ils m’avaient tout de suite soutenu ça aurait été trop facile. Devoir les convaincre m’a permis d’affiner mon discours et d’améliorer mon projet. Aujourd’hui ils sont convaincus et ils me suivent, c’est d’autant plus facile pour moi de convaincre d’autres personnes désormais.

Je suis allé demander du soutien à la CCI et à l’Adress, mes interlocuteurs m’ont toujours écouté et j’ai toujours été prise au sérieux. A l’époque je n’avais qu’une idée et je ne savais pas trop comment la mettre en œuvre. J’ai été conseillée, on m’a encouragée à rencontrer certains acteurs, à écouter des conférences, à réaliser des démarches.
Lorsqu’on est entrepreneur, c’est important de saisir toutes les opportunités qui se présentent et d’utiliser tous les outils que l’on met à notre disposition. Il ne faut pas procrastiner, il faut être acteur de cette aventure, se donner les moyens d’y arriver. Et cela malgré tous les obstacles qui peuvent se présenter.

J’ai également bénéficié du soutien de l’ADEME, de la région Normandie et de la Métropole
J’ai eu la chance de rentrer à l’incubateur Katapult, l’incubateur normand des entreprises socialement innovantes. J’ai fait partie de la première promotion, une expérience très intéressante, très stimulante, une émulation avec les autres entrepreneurs.
Je suis suivie par Normandie Incubation, un autre challenge, plus orienté sur le développement économique de l’Atelier.

Et je suis actuellement suivi par la Caisse d’Epargne Normandie à titre personnel.

Vos 3 conseils pour entreprendre ?

L.C.: Seulement 3 ? Très bien 🙂 :

Conseil n°1
 : Il faut persévérer, c’est la clé, de toujours avancer, quelques soient les obstacles rencontrés. Ne pas se laisser décourager.

Conseil n°2 :  Etre en sécurité – Elaborer mon projet alors que j’étais en poste m’a offert la possibilité d’utiliser mon énergie pour créer. Cela m’a évité de trop paniquer sur l’aspect financier, et de pouvoir me focaliser sur mes idées, tout en ayant un rythme et une dynamique professionnels. Etre libre, dans sa tête, de créer.

Conseil n°3 : Il faut être ouvert et à l’écoute, de soi, des autres et de leurs conseils, de leurs alertes et de leurs idées. A 25 ans, la meilleure expérience qui soit, c’est de vouloir créer son entreprise. Même si finalement ce projet ne se concrétise pas, la dynamique que vous mettrez en place, les rencontres que vous ferez, les connaissances que vous accumulerez, seront autant d’atouts pour votre avenir. J’ai personnellement gagné énormément en maturité grâce à cette expérience.

Merci beaucoup Léa et bon courage pour la suite.

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