Moufid Taleb, un explorateur normand au Groenland

Explorateur et développeur d’applications à Rouen, Moufid Taleb s’est lancé dans un projet fou : la traversée du Groenland en solitaire et sans assistance. Un défi audacieux pour ce Normand qui n’avait encore aucune connaissance en exploration, deux ans auparavant. Rêveur, engagé, déterminé et entrepreneur, il nous partage son parcours audacieux et inspirant dans la réalisation de ce défi qu’il s’est lancé à lui-même.

Moufid Taleb - Audacieux Normands
©Moufid Taleb

De Saint-Etienne du Rouvray au Groenland

Moufid, qui êtes-vous ?

M.T : J’ai 28 ans, dans la vie je suis à la fois explorateur et développeur au sein d’une équipe d’ingénieurs dans la région rouennaise. Je suis un jeune homme qui travaille à réaliser ses rêves et les partager. 

Mon parcours est atypique, loin d’être linéaire. Il faut dire qu’il n’y a pas vraiment d’études pour devenir explorateur. J’ai grandi dans la région lyonnaise et je suis venu à Rouen pendant mon enfance. Bachelier, je me suis engagé dans des études supérieures, un DUT Informatique. Ce diplôme devait me permettre d’intégrer rapidement le marché de l’emploi. A cette époque, je n’étais déjà pas particulièrement séduit par la perspective de passer la moitié de ma vie derrière un ordinateur. Je ne me voyais également pas travailler longtemps comme salarié. Je craignais beaucoup de m’ennuyer. J’avais déjà l’esprit tourné vers d’autres choses. En difficulté pour financer mes études, j’ai dû les stopper et me mettre à travailler. Je suis passé par plein de petits boulots, de la manutention à la livraison ou encore le service en fast food.

Cette période difficile m’a permis de me stabiliser financièrement. J’ai fini par reprendre mes études par correspondance. Une fois diplômé, j’ai rapidement trouvé un travail comme développeur, ce qui m’a permis de stabiliser ma situation professionnelle. C’est à partir de là que j’ai commencé à me poser des questions sur mon propre épanouissement. Cela faisait déjà 2 à 3 ans que j’envisageais autre chose que le salariat, pourquoi pas au travers d’expériences entrepreneuriales, à défaut de mieux. Et puis, l’idée de devenir explorateur est venue tout changer.

Comment se lance-t-on dans une telle aventure ? Quel a été votre déclic ?

M.T. : Dès l’enfance, je lisais beaucoup de romans d’aventure ou de science-fiction. J’étais très curieux, intéressé par la science, la nature, les animaux. Cela n’a pas fait de moi un prix Nobel mais cette curiosité a semé les premières petites graines de mon aventure. J’ai toujours été assoiffé de découvertes. Tout comme les héros des romans de mon enfance, je rêvais d’être capable de partir à l’aventure dans des contrées éloignées, parfois même imaginaires. J’ai de plus en plus ressenti ce besoin de me dépasser et d’aller rencontrer mes limites. J’ai fait de la boxe, de la course et quelques autres sports. À vrai dire, je ne tiens pas en place et je ne savais pas encore vers quoi diriger toute cette énergie.

Après avoir été embauché comme développeur, j’ai tout de suite voulu voyager. J’avais envie de voir le monde. Alors, je me suis souvenu d’une trilogie de romans qui se déroulait au Svalbard (archipel de la Norvège situé dans l’océan Arctique). Cet endroit était fascinant car il semblait aussi terrible que beau. J’ai pu convaincre ma compagne d’y aller. Avant ce voyage, comme toujours passionné et très enthousiaste, je me suis intéressé aux pionniers de l’exploration polaire. Je me posais beaucoup de questions. Comment vivre pendant une nuit de 4 mois ? Comment survivre malgré le froid ?… Les récits d’exploration que j’ai découverts m’ont fasciné. Au point que je suis vite tombé amoureux de l’esprit de l’exploration. J’ai eu envie de vivre ces émotions concentrées (peur, doute, euphorie, joie…), et pris conscience que si je ne pouvais pas ajouter des années à ma vie, je pouvais ajouter de la vie à mes années.

Une question m’est tout de suite venue, est-ce que j’en suis capable ? Ces explorateurs sont comme moi des humains avec un rêve, une idée, une conviction qui les pousse à aller de l’avant. Logiquement, si je travaille avec tout l’acharnement dont je suis capable, j’ai une chance d’y arriver. Et si j’ai une chance d’y arriver alors il faut foncer. Voilà le déclic ! A ce moment là, je savais à peine placer le Groenland sur une carte, je me suis dit que j’irai le traverser à pied.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?

M.T. :  Il faut savoir que quand je me suis lancé, je n’avais aucune référence, aucun réseau, zéro euro économisé et aucune connaissance technique. Je suis dans une situation où je pars de rien avec un salaire de Français moyen et les contraintes de monsieur tout le monde.

À mon retour du Svalbard, j’ai commencé à démarcher des sponsors. Cela coïncide avec le premier confinement. Ce fut très difficile, j’ai pris une avalanche de réponses négatives, ce qui ne m’a pas découragé. Au même moment, j’ai établi tout seul un plan d’entraînement pour me préparer mais côté physique, j’ai été trop rapide dans ma progression et je me suis blessé. Il y a eu beaucoup de hauts et de bas. Malgré cela, j’ai tout fait comme si j’étais sûr d’y aller. Il y a eu énormément de petits échecs, des réactions sceptiques voire moqueuses au début de ma préparation. Il y a eu des proches qui ne comprenaient pas ou ne soutenaient pas mon projet, tant cela semblait invraisemblable et sortait de nulle part.

Comment avez-vous réussi à les dépasser ?

M.T. : Je pars du principe que si on abandonne, on est sûr de ne pas y arriver. Et puis, tout ça était tellement fou que cela me paraissait normal que des personnes n’y croient pas. Je me suis dit que c’était à moi d’emmener les autres dans ce projet, pas l’inverse. Pour cela, il ne fallait pas avoir peur d’échouer. Quand on se lance dans un projet complexe, il est quasiment certain de connaître des échecs.

Je ne crois pas en ma capacité à tout réussir facilement. Je crois au fait que si je n’essaie pas, je n’y arriverai pas. Je ne peux pas admettre de ne pas tout faire pour y arriver. Il faut anticiper le fait qu’on peut échouer mais surtout prendre conscience du travail qu’il faut pour être prêt.  L’aventure idéale n’est pas forcément celle que l’on a prévue. Dépasser ses difficultés, c’est aussi écrire sa propre aventure.

Pouvez-vous nous décrire ce qui vous attend au Groenland ?

M.T. : Ce qui m’attend, c’est beaucoup de froid (rires). Début avril, au Groenland, il fait parfois en dessous de -40°C, -60°C en ressenti. Les vents peuvent dépasser les 200km/h. Je suis également conscient qu’il faudra produire un effort physique important pour tirer mon équipement de plus de 100 kilos. Ce sont 600 km en solitaire qui m’attendent. Ces risques, je peux les réduire en me préparant correctement. Ce qui est le plus délicat, ce sont les présences d’ours polaires et de crevasses.

Dans une telle aventure la gestion du risque est complexe mais il ne faut pas que ce soit un obstacle, sinon on ne part jamais. Je m’attends à partir à la rencontre d’une région incroyable. Bien que je sois parti pour évoluer sur de la glace plus d’un mois, je m’attends à voir beaucoup de nuances, des couleurs sans cesse changeantes. Cette exploration sera aussi pour moi l’occasion de prendre du recul sur le monde, la société et moi-même. Face à la grandeur de la nature, je devrai appréhender différemment la place de l’homme sur notre planète. J’ai envie de cette leçon d’humilité et cette part d’inconnu.

Moufid Taleb : « Avoir plus l’envie de réussir que la peur d’échouer »


Comment la Caisse d’Epargne Normandie vous aide dans cette aventure ?

M.T. :  Ce partenariat m’aide de diverses manières. En premier lieu, il m’apporte un soutien financier pour améliorer ma préparation notamment en facilitant sa logistique et en me permettant d’acheter un matériel plus performant. Ensuite, d’avoir la Caisse d’Epargne Normandie comme partenaire, cela donne une certaine crédibilité à mon projet. C’est une valeur de référence et cela va m’aider aussi dans mes recherches de nouveaux partenaires.

Et puis dans ce partenariat, il y a aussi le côté humain. Je suis heureux de pouvoir faire de nouvelles rencontres. Ce qui est très important pour moi, c’est également la confiance apportée. Je suis conscient que des personnes s’engagent à mes côtés et quand je serai sur la glace, seul, cela va m’aider. Mon esprit vagabondera à coup sûr vers ceux qui sont derrière mon projet. Je suis fier de représenter mes partenaires.

Quelle est la personnalité normande la plus audacieuse que vous connaissez, qui vous inspire et pourquoi ?

M.T. :  C’est difficile de répondre mais je dirai Thomas Pesquet. Il a un parcours qui sort du commun. Il fait des choses très différentes de moi, mais j’ai de l’admiration pour ce qu’il fait. J’aime l’idée qu’il a réussi à faire quelque chose, être astronaute, qui paraît inaccessible pour la plupart des personnes.

Avez-vous une citation qui vous inspire ?

M.T. :  Si je devais choisir, ce serait celle de Paul-Emile Victor : “ce n’est pas ce que nous sommes qui nous empêche de réaliser nos rêves ; c’est ce que nous croyons que nous ne sommes pas”.

Quelle est votre définition de l’audace ?

M.T. : L’audace, c’est envisager des choses que tout le monde n’imagine pas. Je dirais que c’est d’avoir le courage, le culot d’y aller et se lancer. Il faut être prêt à accepter les risques qui en découlent. Être audacieux, c’est avoir plus l’envie de réussir que la peur d’échouer.

Auriez-vous un conseil pour les audacieux normands ?

M.T. :  C’est un peu bateau, mais mon conseil numéro 1, c’est de ne jamais abandonner. Il faut toujours se relever et se débarrasser de toutes les pensées négatives. Il est important de rester concentré sur son objectif et de faire avec soi-même. Chaque être humain a bien plus d’atouts qu’il ne le pense.

Partenaire de Moufid Taleb et de son aventure, la Caisse d’Epargne Normandie s’engage auprès des acteurs du territoire normand pour soutenir leurs projets autour de valeurs communes : la performance, l’audace et l’envie d’entreprendre.  En témoigne également, le partenariat depuis 2019 avec Matthieu Tordeur, aventurier normand et membre de la Société des Explorateurs Français.

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