
Lauréat Créactifs, Pierre Paillereau est le fondateur de Citizens. Cette plateforme permet de faciliter le mécénat de compétences pour les entreprises. Diplômé de NEOMA Business School, il a eu l’envie de donner du sens à son activité.
Qu’est-ce que le mécénat de compétences ? Comment une entreprise peut mettre en place une démarche RSE ? Découvrez dans cet épisode le parcours de Pierre, son entreprise Citizens et ses ambitions pour le mécénat de compétences en Normandie.
Pierre Paillereau « on essaye d’améliorer les choses à notre échelle »
Afficher la transcription
Ambroise : Bienvenue dans le podcast des audacieux normands par la Caisse d’Epargne Normandie. Notre objectif est simple, vous inspirer, vous donner envie, d’entreprendre, bref d’être audacieux. Nous partons à la rencontre des normandes et normands au parcours incroyable pour faire découvrir leur passion. Aujourd’hui je reçois Pierre Paillereau, fondateur de Citizens, allez go ! Bonjour Pierre !
Pierre Paillereau : Salut !
Ambroise : Tu vas nous parler de Citizens, évidemment. Tu es fondateur de cette structure. À quoi elle sert d’ailleurs, cette structure ?
Pierre Paillereau : Alors, le but de Citizens, le pourquoi on le fait, c’est faciliter la rencontre entre les besoins des associations et l’envie d’engagement des gens, des citoyens. Et donc, on a lancé ça sur Rouen en 2020. Après, c’est un projet qui est à l’origine de 2016, donc ça fait sept ans maintenant que je suis dessus. Et aujourd’hui, on a deux programmes d’engagement citoyen. Un programme pour les entreprises du territoire. Et donc là, le but, c’est de sensibiliser et d’engager les entreprises et leurs salariés pour qu’ils puissent aller donner du temps et des compétences à des associations. La particularité, c’est que sur ce programme-là, ils peuvent le faire sur leur temps personnel, sur du bénévolat, mais aussi sur leur temps de travail dans le cadre de ce qu’on appelle le mécénat de compétences. Ça, c’est le premier programme. Et le deuxième programme d’engagement, c’est pour les établissements d’enseignement supérieur. Et là, le but, c’est de sensibiliser et d’engager les étudiants. et de les engager, là encore, au sein d’associations. Et nos associations, en fait, elles sont soit d’intérêt général, soit elles sont reconnues d’utilité publique, soit elles ont un impact social, environnemental positif sur la société.
Ambroise : Comment t’es venu cette idée ? T’étais déjà dans le milieu associatif, t’avais déjà un pied dedans pour se dire, tiens, il y a un problème, il manque de bénévoles, et pourtant il y a des personnes prêtes à s’investir, il faut aller les chercher ?
Pierre Paillereau : Moi, j’ai fait ma première petite expérience dans l’associatif, on va dire. Et Citizens, à la base, c’est une association elle-même. On avait créé une association avec, j’avais rejoint l’idée d’un ami qui s’appelle Ludovic Payat. Et donc au départ de ce projet, ça s’appelle Citizens Portrait. Et au début, on fait des portraits de citoyens engagés. C’est le but, on était une sorte de média associatif, on va dire. Et à ce moment-là, on allait à la rencontre de fondateurs d’associations, d’entrepreneurs sociaux, et on leur donnait la parole. On faisait des portraits vidéo ou des portraits photo, et on rédigeait des articles. Et c’est comme ça qu’on a rencontré beaucoup d’acteurs de l’économie sociale et solidaire au tout départ. Et en parallèle de ça, moi, j’ai fait mes deux premiers stages, un dans une ONG et l’autre dans une association où j’étais service civique. Les deux étaient dans le secteur de l’éducation. Et moi, pourquoi j’étais là-dedans au départ ? J’étais dans une grande école de commerce qui s’appelle Neoma. Et en gros, pour faire court, je ne voulais pas rentrer dans l’une des trois grandes portes qui s’offrent à moi qui était… la finance, le marketing ou les grands cabinets de conseil et j’avais envie de faire autre chose donc je suis commencé à gratter dans le monde associatif et le monde de l’ESS à ce moment-là.
Ambroise : Est-ce que tu dirais justement que l’associatif c’est le meilleur remède contre les bullshit jobs ou en tout cas contre le manque de sens que se plaint une partie de la nouvelle génération qui dit mais j’ai pas envie de passer ma vie à remplir des tableurs Excel sans sens, sans savoir à quoi je participe comme grand projet ?
Pierre Paillereau : C’est sûr que je pense qu’une partie de la réponse se trouve dans le monde associatif et dans le monde de ce qu’on appelle le monde de l’impact, et plus largement économie sociale et solidaire, enfin tous ces secteurs-là, entre guillemets. Après, moi en tout cas, mon chemin, ça a été d’essayer de trouver des réponses dans ce secteur-là. Donc au début, en allant, en cochant la case, je veux avoir du sens, je veux avoir de l’impact, je veux être utile, donc je vais aller faire de l’humanitaire. Je suis allé dans une grosse ONG, et après, je n’ai pas forcément trouvé toutes les réponses à mes questions, puisque dans une grosse ONG, en fait, ça restait une grosse machine, justement. Et moi, j’étais tout petit, on va dire, dans l’ONG, et j’étais très loin des programmes et du terrain, et de l’impact et des gens, en fait. Moi, c’est ce qui… c’est ça qui me manquait dans une grosse machine et c’est pour ça que ma deuxième expérience était plus proche de l’entrepreneuriat social ou en tout cas du monde associatif avec des plus petites structures ce qui permet d’être beaucoup plus au contact avec des gens et moi ce qui m’intéresse c’est la relation avec des gens et pouvoir parler et pouvoir voir vraiment concrètement l’utilité qu’on a et c’est ce que j’ai essayé d’allier dans Citizens c’est le bon des grosses ONG qui par contre ont des méthodes, des process et qui ont… qui ont pris les bonnes choses de l’entreprise classique, on va dire, et qui l’ont amené dans ce secteur-là. Et la vision plus terrain de l’économie sociale et solidaire et des petits entrepreneurs sociaux qui se lancent à leur compte et qui essayent d’améliorer les choses à leur échelle. Mais vraiment en toute humilité, parce qu’aujourd’hui, Citizens, c’est encore tout petit et on avance grâce à des partenaires. qui sont des associations. Notre but, c’est d’aider des associations et on avance aussi grâce aux entreprises qui nous accompagnent parce que sans entreprises et sans salariés à engager en face de ces besoins associatifs, on ne sera pas grand-chose. On est simplement un intermédiaire.
Ambroise : C’est une forme d’audace de réussir à prendre autant de recul sur son parcours et de se dire, j’y amène une réflexion et c’est cette réflexion qui va me permettre d’être sûr, d’être… à ma bonne place, là où je dois être, là où je dois m’épanouir. Comment ça te vient, cette manière de faire ? Parce que des fois, c’est une sorte de lessiveuse. On commence les études et puis tout va très vite. Et puis le diplôme, et puis il faut trouver un premier job. Et puis le premier job, après, on a un plan de carrière qui nous est partagé. Et puis tout va très vite. Comment toi, tu as fait pour stopper un peu ce rythme fou ? Et comment tu as fait pour t’écouter, ou en tout cas, être sûr d’avoir du sens dans ton quotidien ?
Pierre Paillereau : Je pense histoire personnelle à la base. Un petit choc un peu brutal quand on a 21 ans qui est que j’ai perdu ma mère en 2016. Et je pense que ça met une claque ce genre d’événement et ça accélère des prises de conscience et des changements. Donc moi je relie pas mal mon parcours professionnel et ma quête de sens et mon énergie et le cœur que je mets là-dedans à cet événement un peu tragique. Après, je pense que tout un chacun peut trouver l’énergie et la source de son envie d’avoir du sens et d’avoir un impact sur son prochain, on va dire, un impact positif. Moi, je le relie pas mal à ça parce que c’est arrivé fin 2016 et en fait, vraiment le début de l’aventure Citizens, il part à ce moment-là et à partir de début 2017, j’y ai jeté, on va dire, tout mon dévolu et c’est depuis ce moment-là que je… J’agis en essayant de faire le bien. Et après, tout est loin d’être parfait. Et j’apprends encore, vraiment tous les jours. C’est pareil, Citizens et l’entrepreneuriat social, c’est une belle aventure humaine avant tout. Et sans être dans le cliché, là, moi, j’étais seul au départ. Et là, aujourd’hui, on est 11 dans cette équipe. Et en fait, là, moi, j’apprends à gérer une entreprise. j’apprends à… à amener des gens avec moi dans cette aventure. Moi, je trouve que c’est ça le plus beau, mais c’est aussi ça le plus dur, de fédérer un espèce de collectif où tu sens que les gens qui t’accompagnent sont certains aussi d’être à la bonne place parce qu’il faut que tout le monde avance dans la même direction pour aider un maximum d’associations. Et Dieu sait que les besoins sont immenses côté association. Donc il y a tellement de boulot. Et il y a aussi une part de… C’est tellement prenant et c’est tellement passionnant. Et il faut tellement donner qu’il faut aussi arriver à un moment donné à structurer un collectif pour pouvoir faire plus. Parce qu’on ne peut pas toujours tout faire tout seul. Là, je suis un peu dans cette phase-là où justement on est en ce qu’on appelle le passage à l’échelle.
Ambroise : On entend en tout cas que Citizens se grandit et que ça devient quelque chose de plus en plus fort, certainement pour avoir un impact de plus en plus fort aussi. Qu’on comprenne bien votre action très concrètement. Est-ce que tu peux nous dire, par exemple, le travail que tu effectues avec la Caisse d’Epargne Normandie ?
Pierre Paillereau : Oui, carrément. Donc là, on coordonne la première édition de la Semaine de la Solidarité de la Caisse d’Epargne Normandie. Donc ça, concrètement, ça veut dire que pendant une semaine, c’est en l’occurrence du 22 au 27 mai, plus de 1 800 salariés de la Caisse d’Epargne Normandie, dans toutes les agences, les 200 agences sur le territoire, dans les cinq départements, ils pourront s’engager sur une journée pour aller découvrir une association locale. Et donc là, le but de cette journée-là, c’est qu’ils aillent, qu’ils soient sensibilisés à ce que fait l’association et qu’ils agissent pour une association qui a un besoin. Et l’enjeu pour l’asso qui accueille ce groupe de bénévoles, elle va pouvoir accueillir 1, 2, 5, 10, 15, 20 bénévoles dans la journée. Et l’enjeu pour elle, c’est qu’elle sensibilise des nouvelles personnes à ce qu’elle fait et que ce soit utile pour elle. Donc, idéalement, qu’il y ait quelque chose vraiment de concret qui soit fait à la fin de la journée.
Ambroise : Tu as un exemple à nous donner ?
Pierre Paillereau : Il y en a plein. Là, on est déjà une cinquantaine d’associations qui vont participer à cette opération. Je peux vous donner… Ce qui est intéressant, c’est qu’il y a des grosses associations. Donc, il y a, par exemple, la Ligue contre le cancer. la banque alimentaire, le Resto du Coeur, le Secours populaire qui vont participer à cette opération-là. Donc là, je vous donne un exemple sur la Ligue contre le cancer, qui a remonté une journée solidaire dans le cadre de la préparation d’Octobre Rose. Et donc là, c’est les salariés qui vont être sensibilisés à c’est quoi la prévention du cancer du sein, à quoi ça sert, comment est-ce qu’on peut faire des choses. Et là, elles vont faire un atelier toute l’après-midi pour confectionner des rubans roses pour aider les contrôles cancer à distribuer ces petits rubans lors de l’Octobre Rose en 2023. Ça, c’est un exemple. Et après, ce qui est bien aussi, c’est que nous, chez Citizens, c’est le but, c’est de mettre sur le même pied d’égalité des grosses associations. qui ont un impact énorme et heureusement qu’elles sont là, et des petites associations locales. Nous, on a des toutes petites assos comme Repas Partage à Criquebeuf-sur-Seine ou les Vagabonds de l’énergie à Rouen, où là, par exemple, les Vagabonds de l’énergie vont accueillir dans un lieu qui s’appelle La Base, qui est la base des actions sociales et écologiques de Rouen. Ils vont accueillir un groupe de 20 personnes, les sensibiliser à l’environnement, au climat, aux modes alternatifs d’énergie, et l’après-midi, ils vont faire un atelier pour… tester des jeux de société de l’association. L’association, c’est utile pour elle, elle a des testeurs de ses premiers jeux, les gens y sont sensibilisés et on passe un bon moment sur une journée. C’est hyper fort parce que grâce à un dispositif comme ça, déjà nous, c’est génial parce qu’on va sensibiliser des centaines de personnes en plus et la Caisse d’Epargne Normandie, c’est une manière pour elle de venir faire des choses concrètes et d’offrir à ses salariés la possibilité de s’engager. Et ça crée du lien, en fait. C’est une opération qui a tout son sens et qui, je pense, donne du sens aux gens qui vont le faire. Là, je pense que de cette journée-là, les associations, c’est utile pour elles et les salariés qui vont s’engager, ils vont se sentir utiles aussi. Et nous, c’est tout ce qu’on cherche à faire à notre modeste niveau, on va dire.
Ambroise : Bravo, Pierre, pour toutes ces actions, toutes ces idées mises en œuvre. Et on voit bien que c’est super intéressant, ce positionnement d’être intermédiaire entre le monde associatif, le monde de l’entreprise ou de manière plus générale, le monde de ceux qui veulent s’investir, qui veulent donner de leur temps, de leur impact. On continuera à suivre, évidemment, Citizens dans ses actions sur le site des Audacieux Normands. Et puis, sache qu’en tout cas, à Caisse d’Epargne Normandie, on est très fiers de compter parmi nos audacieux une personne comme toi. On se dit à très bientôt, Pierre. Merci encore.
Pierre Paillereau : Merci, à bientôt.
Pierre Paillereau et son entreprise Citizens accompagnent la Caisse d’Epargne Normandie dans son action « la semaine de la solidarité ». Les collaborateurs de la Caisse d’Epargne Normandie ont la possibilité d’apporter leur soutien à des associations locales à impact social ou environnemental positif le temps d’une journée solidaire.
Pour en savoir plus sur Pierre Paillereau :
Site officiel
LinkedIn
Facebook
Instagram
Twitter


