Pelotes & Palettes : comment une nuit d’insomnie de Lucile Roullé au Laos a donné naissance au café créatif incontournable de Caen

Et si je lançais mon café créatif à Caen ? Une école de commerce, un vélo, 12 000 km et une idée née en pleine nuit à l’autre bout du monde. L’histoire de Lucile Roullé, fondatrice de Pelotes & Palettes à Caen, ressemble à un roman d’aventures. Et pourtant, elle est bien réelle. Découvrez comment cette jeune Normande a fait le choix de se lancer dans une aventure entrepreneuriale audacieuse.

Portrait de Lucile Roullée, fondatrice du café créatif à Caen, Pelotes & palettes
©Camille Tizon

De Saint-Lô à Caen, en passant par Paris et le Laos : le parcours de Lucile Roullé

Si tu cherches un exemple concret de reconversion audacieuse et de projet entrepreneurial inspirant, tu es au bon endroit. Lucile Roullé est née à Saint-Lô, en plein cœur de la Normandie, mais c’est en Bretagne qu’elle grandit dès ses premiers mois. Son parcours académique est solide.

« J’ai fait une classe préparatoire puis j’ai intégré NEOMA Business School sur le campus de Rouen, pour obtenir un master en management. J’ai poursuivi mon cursus sur le campus de Paris pour me spécialiser en communication d’entreprise réalisé en alternance. »

Après ses études, elle décroche un poste de responsable Communication, Marketing et Événementiel au sein du Groupe Avril, un géant de l’agroalimentaire B2B. Un beau CV, un CDI solide, une vie parisienne bien tracée. Et pourtant, il y a quatre ans, elle pose ses valises à Caen pour suivre son conjoint, ingénieur dans une agence de la transition écologique. S’ensuivent deux ans d’allers-retours entre Paris et Caen, deux ans à vivre à cheval entre deux villes.

« Et puis, cela a été le moment pour réaliser un rêve longtemps caressé : traverser le continent asiatique à vélo, de France jusqu’à Sendai, au Japon, sans prendre l’avion. Ce fut une aventure incroyable, qui a bousculé beaucoup de choses. »

C’est en 2019 que cela s’accélère. Depuis l’âge de 6 ans, elle va acheter des pelotes de laine en magasin avec sa grand-mère et se pose la question de comment cela est fabriqué.

La nuit au Laos qui a tout changé : la naissance de Pelotes & Palettes

Au cours de ce périple de 12 000 km, quelque part au Laos, Lucile prend une décision radicale : elle démissionne. Et cette nuit-là, au lieu de paniquer, elle crée et se lance dans une nouvelle aventure.

« J’ai envoyé des messages à mes meilleurs potes en me disant : « eh ben voilà, j’ai démissionné et maintenant que faire ? » Et en fait, 80 % du projet Pelotes & Palettes est né cette nuit-là. »

Elle passe la nuit entière à développer son concept, son conjoint se réveille le lendemain matin et la trouve encore éveillée, les yeux brillants d’idées.

« J’étais en mode « Oh, il y aura ça et ça s’appellera comme ça et je ferai ça. » Et en fait je n’ai pas dormi de la nuit. »

De retour à Caen dès la mi-janvier 2025, Lucile enclenche la machine à toute vitesse. Premier rendez-vous à la Chambre de Commerce de Caen dès janvier, début de la communication sur les réseaux sociaux en août, participation au festival Hello Caen en septembre, travaux d’octobre à novembre… Et le 6 décembre, Pelotes & Palettes ouvre officiellement ses portes dans le quartier Saint-Jean à Caen.

Pelotes & Palettes, c’est quoi exactement ? Un café créatif à Caen comme il en existe peu

Dans le quartier Saint-Jean à Caen, entre la boucherie du coin et la fromagerie du voisinage, se niche un lieu pas tout à fait comme les autres.

« Pelotes & Palettes, c’est un lieu hybride dans lequel se mêlent créativité, gourmandise et convivialité. On peut à la fois y venir déjeuner, grignoter ou boire une boisson chaude ou froide. Mais on peut aussi venir créer. »

Le nom n’a pas été choisi au hasard. Les palettes évoquent la palette de peinture, symbole des arts plastiques, tandis que les pelotes renvoient aux pelotes de laine, au tricot, au crochet, au cocooning.

« Je trouvais que ça sonnait bien, ça évoque à la fois le côté cocooning de l’endroit et les loisirs créatifs. »


L’une des grandes forces de cet atelier créatif en Normandie, c’est la richesse de son offre. En accès libre pendant toutes les heures d’ouverture, les visiteurs peuvent se lancer dans la peinture sur porcelaine, sur verre, sur textile, sur toile ou sur pot de fleurs, mais aussi dans la création de bougies ou d’objets en résine, sept activités disponibles en continu, sans réservation obligatoire, en autonomie.

Et l’offre évolue avec les saisons, ce qui est précisément ce qui fidélise la clientèle.

« L’été, on sort les éventails à peindre. À l’automne et en hiver, les boules à facettes font leur apparition, petites ou grandes selon les envies. Au printemps, retour des pots de fleurs. Le coin des créations est une étagère qui change en fonction des saisons. »

Des ateliers guidés viennent compléter cette offre, notamment des cours de crochet, de broderie, de création de bijoux ou de poterie, proposés sur un planning mensuel.

« J’aime bien le côté social que peuvent avoir le tricot et le crochet. Ces ateliers guidés sont des moments de partage. »

Côté restauration, elle assure elle-même la cuisine avec un menu mensuel composé d’une entrée, de trois plats et d’un dessert, des cookies disponibles à toute heure, et des crumbles ou fondants au chocolat selon les semaines.

La clientèle, quant à elle, est aussi diverse que le lieu.

« C’est de l’enfant à la grand-mère. Les enfants dès 6 ans et demi peuvent pratiquer les activités en autonomie. »


La réalité de l’entrepreneuriat : les épreuves que personne ne te raconte

Ouvrir un café créatif à Caen, ça ne s’est pas fait sans obstacles. Lucile est transparente là-dessus, et c’est ce qui rend son témoignage si précieux pour toutes celles et ceux qui envisagent de se lancer.

L’une des premières galères ? La recherche du local. Lucile avait des critères précis : deux espaces distincts, une cuisine, un espace verrière. Mais les fonds de commerce avec restauration dépassent souvent les 100 000 € à l’entrée, une somme hors de portée pour une jeune entrepreneure qui démarre.

« Je voulais un local en longueur avec 2 pièces distinctes, une cuisine et un espace verrière. La solution est venue d’un local que personne ne voulait, en vente depuis trois ans, dans un état catastrophique, mais qui avait les espaces que je cherchais et un bail très ancien permettant un loyer avantageux. J’ai trouvé mieux que ce que je voulais. »

Les travaux : l’épreuve physique et humaine

Si la recherche du local était un défi, les travaux ont constitué l’épreuve la plus intense de toute l’aventure. Un mois et demi de chantier, de 8 h à 23 h, sans compétences particulières en BTP, sans budget pour des artisans professionnels.

Ce qui a sauvé le projet ? Une communauté soudée. Lucile a mobilisé une quarantaine d’amis et membres de sa famille via une simple conversation de groupe, certains dormant sur place le week-end pour donner un coup de main.

« J’ai passé un mois et demi de 8 h à 23 h avec une bande d’amis et de famille assez énorme. La pose du sol, le ré-enduit de tous les murs, la création du comptoir sur mesure, tout a été fait à la main, avec amour et beaucoup de fatigue. »

La stratégie de communication qui a tout changé

Lucile a un atout que beaucoup sous-estiment : une vraie culture de la communication, forgée lors de ses années en agence et en alternance. Avant même l’ouverture, elle commence à animer ses réseaux sociaux, avec un rythme de deux à trois publications par semaine.

« Je faisais par exemple des vocaux des travaux. Une fois par semaine, je faisais une sorte de suivi vocal où j’expliquais ce qu’on avait fait dans la semaine. Cela permettait de commencer à teaser sur le projet. Cela m’a permis de remplir très rapidement les ateliers libres par exemple, dès le samedi de l’ouverture. »

Un point important pour tout futur entrepreneur : ta communauté se construit avant l’ouverture, pas après.

Sa présence au festival Hello Caen, puis au festival Beauregard en 2026 s’inscrit dans cette même logique : aller là où se trouve la cible pour incarner l’univers de Pelotes & Palettes.

Un commerce ancré dans son quartier à Caen, tourné vers le lien humain

Quand on demande à Lucile comment elle se voit dans quelques années, la réponse est simple : la même chose avec un peu plus de clients.

Elle avait pourtant anticipé trois scénarios lors de sa demande de financement : l’échec, le succès avec développement via une franchise, ou l’ancrage local. C’est ce troisième scénario qui se dessine, et elle l’assume pleinement.

« Pour l’instant c’est plutôt ça qui se profile : moi dans mon commerce, avec l’envie que les gens passent un bon moment et créent du lien. Ma stratégie tourne autour de trois axes : créativité, restauration, ateliers. Ce n’est pas seulement une question de goût personnel : c’est une stratégie de résilience consciente, pensée dès le départ. Les activités créatives, ça a le vent en poupe mais je sais que les modes passent. J’ai préféré sécuriser mon commerce avec d’autres pans qui sont toujours des choses que j’adore faire. »

Les conseils de Lucile pour toi qui veux te lancer

Lucile puise dans sa propre expérience, ce voyage à vélo de 12 000 km entamé sans entraînement préalable, pour livrer une philosophie de l’action à la portée de tous.

« Quand je suis partie faire mon voyage à vélo, j’étais obèse et je n’avais pas fait de vélo de l’année. Et en fait j’ai compris que 12 000 km, ce n’est pas 12 000 km d’un coup. C’est d’abord 10, puis 20, ensuite c’est 70 tous les jours, ensuite on augmente un peu. »

Elle applique exactement cette logique à la création d’entreprise, avec une métaphore aussi simple qu’efficace :

« Je l’ai vu comme un escalier. 12 000 km c’est en haut de l’escalier, mais pour y aller on n’a que des petites marches. Ça a l’air énorme d’ouvrir un commerce. Mais en fait au début c’est juste une idée, ensuite c’est un business model, etc. C’est plein de petites marches qui t’emmènent à l’ouverture du commerce. »

Le message de Lucile est de ne pas te laisser paralyser par l’ampleur du projet. Décompose-le en étapes concrètes, atteignables, et avance pas à pas. La montagne se gravit une marche à la fois.


Pour suivre l’aventure de Pelotes & Palettes

Tu veux vivre l’expérience de ce café créatif à Caen par toi-même ? Rends-toi directement dans le quartier Saint-Jean à Caen, où Lucile t’accueillera avec beaucoup de plaisir. Tu peux également suivre l’actualité de Pelotes & Palettes sur son compte Instagram ou Facebook et sur son site internet.

L’histoire de Lucile t’a donné des envies ? Tu rêves toi aussi de lancer ta boutique en Normandie ? Tu n’as pas à le faire seul·e.

La Caisse d’Epargne Normandie s’engage aux côtés des jeunes Normands et Normandes qui osent concrétiser leurs ambitions. Comme Lucile qui a su trouver les bons interlocuteurs dès le premier jour, de la Chambre de Commerce à ses partenaires financiers, tu peux toi aussi t’appuyer sur un réseau solide pour franchir chacune de ces petites marches dont elle parle. Que tu sois au stade de l’idée, de la recherche de financement ou de l’ouverture de ton activité, des solutions adaptées à ta situation existent pour t’accompagner.