Dans un monde où la fast fashion domine, certains créateurs normands font le choix de revenir aux sources. Avec son entreprise NONA Melotis, une Havraise redonne vie à la laine en Normandie. Rencontre avec Manon Fauvel, artisane lainière installée au Havre, qui transforme la laine locale en créations authentiques. Portrait d’une créatrice normande qui prouve qu’entreprendre dans l’artisanat traditionnel, c’est possible !

Du tricot de grand-mère à l’entrepreneuriat : le parcours atypique d’une créatrice en Normandie
Manon Fauvel, créatrice havraise n’a pas suivi un parcours classique pour devenir artisane en Normandie.
« Depuis toute petite, j’ai toujours été baignée dans les arts du fil, entre le tricot, le crochet, la couture, grâce à mes grands-mères. J’ai grandi au Havre et j’y habite encore. J’ai un petit peu quitté ma ville, le temps de faire mes études en région parisienne. J’ai fait une licence en histoire de l’art et archéologie, mais je n’ai pas trouvé de travail dans ce domaine-là. »
Manon, décide de changer d’orientation et se lance dans une reconversion.
« J’ai repassé après un CAP petite enfance et donc j’ai travaillé dans les crèches et en parallèle de mon travail, j’ai commencé à réaliser des créations en laine de mouton. »
C’est en 2019 que cela s’accélère. Depuis l’âge de 6 ans, elle va acheter des pelotes de laine en magasin avec sa grand-mère et se pose la question de comment cela est fabriqué.
« J’ai voulu apprendre comment on transforme en fait la laine d’un mouton. Cela a correspondu à la rencontre avec mon compagnon, qui est éleveur de canards. Les canards ne font pas de laine mais juste à côté de son élevage, il y avait des moutons. »
Manon achète un fuseau et une paire de cardes à main pour apprendre le filage avec de la laine récupérée. C’est une révélation pour elle et cette passion ne va pas la quitter. Elle lui donne même l’envie de se lancer, encouragée par la rencontre avec Betty Fontaine, une passionnée qui va la guider dans le milieu de la laine.
« En 2022, j’ai décidé de me lancer. J’ai été accompagné par la Chambre des Métiers et de l’Artisanat Normandie pour les démarches administratives. NONA Melotis voit le jour. Pour le nom, je me suis inspirée de la mythologie grecque où la vie mortelle est symbolisée par un fil qui est filé par Nona, la créatrice insufflant la vie aux hommes et le mot Melotis qui désigne un vêtement de laine en latin. »
Techniques de filage et feutrage artisanal : l’expertise d’une artisane normande
Devenir artisane lainière, c’est redécouvrir un savoir-faire ancestral. Manon décrit avec passion ses premières expériences.
« J’ai vraiment adoré pouvoir vraiment créer la matière première moi-même, pouvoir choisir l’épaisseur du fil et la couleur. Je n’utilise que des couleurs naturelles, je ne fais pas de teinture car je veux garder le produit brut. Je confectionne des pelotes de différentes couleurs comme blanc, écru ou encore marron. »
La laine a beaucoup de vertus. Manon aime nous décrire cette matière comme respirante et antibactérienne. L’efficacité de ses créations ne se limite pas à l’esthétique.
« Par exemple, l’un de mes cousins qui partait aux sports d’hiver tous les ans, en revenait malade. Il transpirait dans son bonnet très rapidement après avoir fait même pas 1 h de snowboard. L’année suivante, il est parti au sport d’hiver avec un bonnet en laine que je lui ai fait. Verdict, il n’est pas tombé malade et a trouvé cela hyper confortable car il transpirait moins. »
Bijoux, bonnet, décoration, cache-oreilles ou encore châle, nombreuses sont les créations de Manon qui utilisent cette laine normande. Elle ne s’arrête pas là et propose également des kits pour s’essayer à différentes techniques comme le feutrage à l’aiguille ou encore des commandes sur mesure de pelotes de laine (couleur, épaisseur du fil, quantité et forme…).
Circuit court : la laine normande, un prétexte pour valoriser les éleveurs locaux
Manon, créatrice et artisane normande fait le choix de l’ultra-local. Une valeur importante à ses yeux pour son entreprise.
« Je ne travaille qu’avec des éleveurs normands. J’ai déjà eu beaucoup de contacts pour aller chercher de la laine dans le sud de la France, mais ça ne m’intéresse pas. Pourquoi aller chercher ailleurs quelque chose qu’on a déjà ici chez nous et qu’on peut valoriser ? »
Son engagement dépasse la simple démarche commerciale. Elle milite pour une reconnaissance patrimoniale de la laine.
« Quand j’ai commencé un petit peu à parler avec les éleveurs, je me suis rendu compte que cette matière première est à l’heure actuelle, dans les décrets français, décrite comme un déchet agricole et non comme matière première. »
Créer son entreprise artisanale au Havre
Le passage à l’entrepreneuriat n’a pas été sans embûches. Avec une pointe d’humour, Manon résume son principal défi.
« La paperasse, la paperasse. C’est vrai qu’au début quand j’ai voulu me lancer, j’ai fait comme tout le monde, j’ai demandé à Google, qu’est-ce qu’il faut faire ? Et on entend de tout et son contraire. »
Heureusement, l’accompagnement proposé par la Chambre des Métiers et de l’Artisanat va aider Manon et lui permettre de passer ces premières étapes. Aujourd’hui, elle vend ses nombreuses créations sur son site mais surtout sur les marchés normands.
« Je me suis rendu compte que la laine c’est une matière vivante que les gens aiment bien toucher avant d’acheter. J’aime rencontrer mes clients, échanger avec eux. Ils me demandent souvent s’ils peuvent essayer et c’est vraiment ça qui va déclencher l’achat. »
Manon Fauvel a également à cœur de faire vivre son stand avec certaines créations très originales comme le tourne-mouton.
« C’est un souvenir d’enfance. On tourne la molette de cette petite machine faite à la main et on découvre une surprise. Cela peut être un pin‘s, un porte-clé ou un bijou en forme de mouton. »
Conseils d’une entrepreneure normande aux futurs créateurs
Pour les jeunes Normands tentés par l’aventure entrepreneuriale, Manon livre ses recommandations sans détour.
« Surtout, n’hésite pas et lance-toi. Il ne faut pas hésiter à y aller, à s’entourer, à poser des questions aussi. Moi j’ai été beaucoup entourée aussi. Il faut se nourrir des rencontres que l’on fait. Par exemple, j’ai rencontré Charline Robert en intégrant un collectif des acteurs de la laine en Normandie. Cela nous a permis d’être présents sur le FÊNO. »
L’avenir de l’artisanat lainier en Normandie
Avec NONA Melotis, Manon a su se lancer et mettre en évidence la filière de la laine en Normandie auprès du grand public, notamment grâce à sa présence sur les marchés.
Ses projets ? Continuer sur la même dynamique, développer de nouveaux produits tout en maintenant son ancrage local normand. Une vision qui prouve que l’artisanat traditionnel a toute sa place, à condition de savoir innover tout en préservant l’authenticité du savoir-faire.
Pour suivre l’actualité de Manon Fauvel
- Son site internet et sa boutique en ligne pour découvrir ses créations.
- Sa chaîne YouTube pour y découvrir des tutos.
Vous aussi, vous avez un projet entrepreneurial, artistique, sportif ou associatif en Normandie ?
La Caisse d’Epargne Normandie accompagne les jeunes Normands, dans la concrétisation de leurs projets. Que ce soit pour créer votre activité artisanale, développer un concept innovant ou lancer une association, des solutions de financement et d’accompagnement existent. L’exemple de Manon prouve qu’avec de la passion, de la détermination et les bons accompagnements, il est possible de faire revivre les traditions tout en créant une activité économique viable. Alors, à quand votre tour ?



