Harouna N’Gaide, l’entrepreneur qui lutte contre l’isolement

Diplômé de l’École de Management de Normandie au Havre, Harouna N’Gaide est aujourd’hui un entrepreneur normand plein d’audace. A la tête de deux start-up dans le domaine de l’économie sociale et solidaire, le natif d’Elbeuf innove dans le secteur du service à la personne. Ses entreprises permettent de lutter contre l’isolement des aînés, de maintenir du lien social et d’en finir avec la corvée des courses. Sélectionné par l’incubateur Katapult et lauréat du dispositif Talents de Cités, il partage sa vision audacieuse et engagée de l’entrepreneuriat.

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©Harouna N’Gaide

Lutter contre l’isolement, préserver le lien social et retarder la perte d’autonomie

Comment devient-on entrepreneur ? Quel a été votre déclic ?

H.N. : Je suis né dans un quartier prioritaire de la ville d’Elbeuf. J’ai grandi avec beaucoup de valeurs et de principes. Le respect, l’entraide et la solidarité étaient essentiels. J’ai ce souvenir d’aider les personnes plus âgées à porter les courses lorsque nous étions enfants.

Diplômé d’un Master à l’EM Normandie, j’ai eu l’opportunité de réaliser mon alternance pendant 2 années à la Caisse d’Epargne Normandie dans le Centre Expert d’Evreux en tant que chargé de clientèle professionnelle.

Grâce à cette formation, j’ai pu devenir chef de secteur dans la grande distribution. Cette première expérience m’a conforté dans le choix de donner du sens à mon activité professionnelle et a été un déclic pour oser. Avec mes compétences acquises, j’avais envie d’être utile aux autres. J’ai décidé de rompre mon contrat et de me lancer dans l’aventure entrepreneuriale.

Aujourd’hui, quelle est votre activité ?

H.N. : Après m’être bien renseigné, j’ai lancé en 2017, la start-up « Courses & moi » qui propose un service de livraison de courses à domicile pour des actifs, des séniors et des personnes en situation de handicap.

Après quelques mois d’activités, j’ai fait deux constats. Le premier, c’est que ce sont majoritairement des aidants qui passaient les commandes (enfants, petits-enfants …). Le second, c’est que le temps passé par le livreur était plus long que prévu car les personnes âgées étaient très demandeuses. En effet, elles demandaient d’autres petits services comme changer une ampoule ou lire un courrier.

J’ai effectué une étude qualitative et quantitative auprès de ma clientèle et je me suis rendu compte du besoin des aidants et des aidés. En moyenne, un aidant vit à 250 km de l’aidé. Pour lui, le fait de pouvoir passer la commande peut lui faciliter la vie. Par ailleurs, l’aidé est très souvent seul, confronté à lui-même. Le livreur est parfois le seul lien avec l’extérieur.

En comprenant ces deux problématiques, j’ai lancé une nouvelle offre en 2019 avec l’entreprise « Mes parents & moi ». Ce service accompagne à domicile comme en établissements les personnes en perte d’autonomie ainsi que leur aidants grâce à des services adaptés (livraison de courses, visite de convivialité avec la rédaction d’un compte rendu pour l’aidant, hotline téléphonique de convivialité, assistance administrative ou informatique à domicile et un service de conciergerie avec des partenaires de confiance permettant de lutter contre les arnaques dont sont parfois victimes les personnes âgées.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées dans votre carrière ? Comment avez-vous réussi à les dépasser ?

H.N. : La plus grosse difficulté que j’ai rencontrée c’est d’avoir créé seul mon entreprise. J’ai été confronté assez rapidement à l’isolement de l’entrepreneur. On a la tête dans le guidon et sans s’en rendre compte on se met des œillères. J’ai eu la chance de dépasser cela en étant accompagné notamment par l’incubateur Katapult. Cela m’a permis de voir le projet dans sa globalité et de m’entourer d’experts.

Quelles sont les acteurs normands qui vous ont aidé ?

H.N. : Après mon passage par Katapult, j’ai rejoint les accélérateurs d’entreprises de l’EM Normandie puis de NEOMA Business School. Ces accompagnements sont essentiels dans la réussite d’un projet. Aujourd’hui, j’ai le plaisir d’intervertir les rôles en aidant des projets. Je suis le co-fondateur d’Incuba’street .

Il y a 2 ans, nous avons lancé ce programme d’accompagnement pour les jeunes issus des quartiers prioritaires et des territoires isolés ayant un projet entrepreneurial.

Ce partage d’expériences et cette transmission me tient à cœur car nombreux sont ceux qui connaissent la destination mais pas le chemin et je veux montrer que c’est possible de lancer son entreprise lorsqu’on vient d’un quartier. L’exemplarité marche beaucoup auprès de ces publics.

Avez-vous un secret ? Quel est votre leitmotiv ou une citation qui vous inspire ?

H.N. : Comme le disait Nelson Mandela, “je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends.”. Je suis porté par cette philosophie. Je fais tout à fond même si cela ne marche pas, je sais que je vais apprendre. Tout apprentissage est une richesse et il faut intégrer le fait que l’échec fait partie de l’apprentissage.

Harouna N’Gaide : « Il faut croire en ce que l’on fait pour que les autres croient en toi »

Quelle a été votre plus grosse réussite ?

H.N. : Globalement, c’est d’être parti d’une feuille blanche et malgré des difficultés, je suis satisfait d’avoir passé le cap des 3 ans de vie de l’entreprise. Si je dois garder un souvenir précis, c’est d’avoir remporter le prix Talents des cités en 2018. J’étais la première start-up du territoire d’Elbeuf, et cette victoire m’a conforté dans ma vocation et mon projet.

Quelle est la personnalité normande la plus audacieuse que vous connaissez ? Celle qui vous inspire et pourquoi ?

H.N. : Dans mon parcours, plusieurs entrepreneurs normands m’ont inspiré comme Hoda Zaghouani et Aymar Muina qui avaient lancé Holibag, une application qui permettait de trouver une consigne pour ses bagages.

Quelle est votre définition de l’audace ?

H.N. : Un audacieux est quelqu’un de déterminé. Il n’a pas peur et il donne tout pour ne pas avoir de regrets. L’audace, c’est aussi le fait de ne pas avoir peur de prendre des risques.

Auriez-vous un conseil pour les audacieux normands ?

H.N. : Il faut croire en ce que l’on fait pour que les autres croient en toi. Il est important de tester et de se lancer pour ne pas avoir de regret. Il faut aller au bout de son projet sinon on ne saura jamais si celui-ci peut marcher.

Premier mécène de l’Economie Sociale et Solidaire en Normandie, la Caisse d’Epargne Normandie au travers de son fonds de dotation pour l’Initiative Solidaire accompagne l’ADRESS Normandie. Présente au conseil d’administration de ce collectif d’acteurs engagés pour le développement des entreprises sociales, elle soutient l’incubateur Katapult qui permet à des entreprises comme celle d’Harouna N’Gaide de mettre leur efficacité économique au service de l’intérêt général des normands.

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